Par Léon de Mattis
(http://www.leondemattis.net)
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Ce n’est que récemment, et par une erreur manifestement intéressée, que l’idée que le régime démocratique et ce qu’on a d’abord connu sous le nom de « libertés publiques » se sont trouvés confondus au point qu’on les imagine bien souvent consubstantiels. Dans la conception classique, bien au contraire, « liberté » et « démocratie » s’opposent : la démocratie, loi du plus grand nombre, est perçue justement comme ce qui peut nuire le plus facilement à la liberté car soumise aux dictats de la démagogie. De ce point de vue, la « dictature » comme suspension des libertés publiques non seulement ne s’oppose pas à la « démocratie » mais tend à se confondre avec elle : la majorité ralliée au démagogue risque d’écraser les droits de la minorité.
C’est pour cette raison que la Grèce antique, présentée dans une thèse très approximative comme l’inventrice de la démocratie par ceux qui ignorent tout de la complexe réalité hellène, se méfiait beaucoup de ce régime. C’est pour cette raison également que Montesquieu se méfiait du « nombre » (« Le nombre ! Mot horrible ! », s’exclamait-il) et préférait de loin la monarchie à la démocratie. C’est enfin pour cette raison que les révolutionnaires de 1789 adoptèrent le suffrage censitaire et récusèrent le mandat impératif. La constitution de 1793 affichait d’autres principes, bien d’avantage rousseauistes : mais elle ne fut jamais appliquée, et l’Etat a tranché (c’est le cas de le dire) après le IX thermidor. C’est la conception la moins favorable à la démocratie qui a gagné et qui prévaut encore aujourd’hui. Sieyès l’a emporté contre Rousseau. Sait-on par exemple qu’aujourd’hui le mandat impératif est anti-constitutionnel ? (article 27 de la constitution de 1958)
Il n’est pas question de faire ici un cours d’histoire, mais seulement de tordre le cou à la propagande républicaine qui veut nous faire croire que « droit de vote », « démocratie » et « droits de l’homme » sont les facettes de la même réalité. Ces conceptions se sont au contraire bien longtemps opposées, et n’ont finalement cohabité qu’aux prix d’un compromis favorable aux droits bourgeois, et non à la démocratie intégrale dont certains avaient rêvé.
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